AU MENU CE MERCREDI | La majorité municipale veut céder le bâtiment – désormais déserté – de la maternelle Jules-Ferry, en bordure de jardin de ville, à l’entreprise privée Santéalp. Objectif : le démolir pour construire à sa place un bâtiment réparti sur trois niveaux en vue d’y aménager 25 cabinets de professionnels de la santé. Prix de vente : 308.000 euros HT. Cela fera l’objet d’une délibération en conseil municipal ce mercredi soir.
C’était l’une de ses (rares) promesses de campagne durant les dernières municipales : le maire sortant et candidat tendance LR, Julien Polat, assurait de son intention de « développer à Voiron un centre de santé permettant de salarier des médecins, à l’appui d’un partenaire expérimenté en ce domaine que nous accompagnerons pour son installation à Voiron ». Un projet qui devait se traduire « dès 2026 ou 2027 au plus tard ».
Voilà tout ce qu’on pouvait lire d’un peu concret sur ce sujet dans les 44 pages de son programme de campagne. C’est n’est pourtant pas ce « centre de santé permettant de salarier des médecins » qui sera débattu lors de ce premier conseil municipal de la rentrée, le mercredi 16 septembre. Mais bien un dossier que le désormais trois fois maire de Voiron n’a évoqué que dans l’interview accordée au Dauphiné libéré en juin :
« La Ville pourrait céder du foncier à un opérateur qui se chargerait de la construction d’une maison de santé et de sa commercialisation à des praticiens désireux d’investir dans les murs. On aurait ainsi toutes les pratiques de médecine de proximité, ce qui nous permettrait d’être plus attractifs. »
Ce 16 septembre, la 20e délibération est en effet consacrée à la vente de l’ancienne école maternelle Jules-Ferry à l’entreprise annécienne Santéalp. Un bâtiment libéré par la réunion de la maternelle et de l’élémentaire dans le bâtiment principal de l’école, dernier avatar de la « politique de rationalisation du patrimoine et de transition énergétique » affichée par l’exécutif municipal dans cette délibération.
Construction du centre de santé sur trois niveaux : un chantier qui ne débutera pas avant l’été 2027 ?
Exit le bâtiment de l’ancienne maternelle : Santéalp se propose de construire, si l’on en croit le texte de la délibération, « un bâtiment réparti sur trois niveaux en entrée de ville », permettant « l’aménagement d’environ 25 cabinets dédiés à l’exercice des professionnels de santé, avec la possibilité pour ces derniers d’investir dans des locaux neufs et adaptés à leurs besoins ». Pas de médecins salariés, donc, mais des locaux construits par un opérateur privé puis revendus à des professionnels de santé.
Prix de vente : 308.000 euros hors taxes, « TVA éventuelle en sus ». Un montant qui correspond à l’avis rendu par la Direction des domaines de l’État (lire ci-après).
Cette cession nécessite néanmoins de scinder la parcelle concernée (AW 75), qui totalise actuellement 8.913 m², afin d’en isoler les 1.520 m² réservés au futur centre de santé. « En outre, le terrain est traversé, au niveau de la cour d’école, par une canalisation publique d’eaux usées », pointe encore la délibération. « Les travaux de dévoiement, nécessaires à la réalisation du projet envisagé, seront assurés par la Communauté d’agglomération du Pays voironnais. »
La vente impose par ailleurs une désaffectation et un déclassement préalable de ce bien, qui est toujours affecté à un usage scolaire. Une double opération « qui ne pourra intervenir qu’à l’issue de l’année scolaire 2026-2027, soit à l’été 2027 ». À ceci près, ajoute l’exécutif, que « le recteur d’Académie a d’ores et déjà émis un avis favorable à la réorganisation du groupe scolaire Jules-Ferry et à la désaffectation de l’usage scolaire des locaux de l’ancienne école maternelle ».
La Ville fixe au 10 juillet 2027 la date-limite de désaffectation effective. La promesse de vente, quant à elle, doit être signée sans attendre avec Santéalp, moyennant quelques conditions suspensives. Ce qui permet à l’entreprise de déposer sa demande de permis de construire valant permis de démolir.
Plus d’informations dans l’avis des Domaines, et une question de calendrier
Le calendrier est révélateur à plus d’un titre. Lorsqu’en mars 2026, Julien Polat, candidat à un 3e mandat, fait état d’un projet de centre de santé à « accompagner » sans donner guère plus de détails, les discussions sont déjà largement entamée avec Santéalp.
En effet, la Direction des domaines de l’État – appelée à se prononcer sur la vente d’un bien communal – a été consultée par la Ville de Voiron dès le 24 juillet 2025, et a rendu son avis le 10 septembre de la même année. La commune a toutefois été contrainte de la consulter à nouveau le 20 juillet 2026, car cet avis ne devait plus être valide à la date du conseil municipal de septembre.
Dans son premier avis, les Domaines écrivent que le pôle santé prévu par Santéalp « accueillerait différents professionnels de santé et bien-être (professions médicales et paramédicales), mais également une pharmacie, pour une surface plancher de 1.800 m² ». « Les locaux seraient ensuite vendus à des professionnels (25 cabinets estimés) », ajoute-t-il. Quelque « 47 places de stationnement seraient créées en sous-sol et RDC (pas de places extérieures prévues) dans un bâtiment R+3. » Le prix alors proposé ? 270.000 euros HT. Un montant inférieur de 7.000 euros au plancher absolu défini par les Domaines, correspondant à la valeur vénale du bien (308.000 euros HT) retranchée de 10%.
On le voit, dès juillet 2025, décision avait été prise de vendre ce tènement à Santéalp. Sans que cette information percole durant la campagne des municipales.
Pour en savoir plus, rendez-vous en page « tribunes politiques »
Dans le dernier numéro du magazine municipal Avoiron, le service communication de la Ville a consacré le dossier du mois, soit quatre pages (en plus de la Une), au thème de la santé. Pourtant, il faut penser à consulter la tribune politique de la majorité, en page 19, pour compléter ces informations.
Dans le dossier, en page 13, on lit ainsi :
« Un autre projet concerne la construction d’un pôle de santé pour des praticiens désireux de devenir propriétaire (sic). La Ville étudie la cession de l’ancienne école maternelle Jules Ferry à un opérateur chargé de la réalisation des locaux et de sa (re-sic) commercialisation. Les élus se pononceront (re-re-sic) sur ce projet lors du conseil municipal de septembre (les élèves sont désormais regroupés dans le bâtiment des élémentaires, lire page 6). »
Il faut se rendre en page 19 pour que les choses se précisent quelque peu :
« Sur le site de l’ancienne école maternelle Jules Ferry, le Conseil municipal devra examiner, en ce mois de septembre la possibilité de confier à l’opérateur Santéalp la responsabilité d’installer une vingtaine de cabinets modernes permettant aux praticiens de devenir propriétaires de leur lieu d’exercice, un mode d’installation aujourd’hui particulièrement recherché. »
Si vous n’avez pas l’habitude – ou le goût – de consulter les tribunes politiques de fin de magazine, vous ratez donc plusieurs informations importantes : le nom du candidat-acquéreur, le nombre de cabinets envisagés (bien qu’un peu flou), le but recherché (revendre les cabinets à des praticiens). Et pour avoir un maximum de données en main, il faut consulter le texte de la délibération. Pas de chance : la Ville ne publie que la liste des délibérations à l’ordre du jour, et non le texte de celles-ci.
Centre ou maison : quand la comm’ et la majorité s’emmêlent les stéthoscopes
En guise de dessert, signalons un petit cafouillage communicationnel dans ce même numéro d’AVoiron. En page 13 toujours, on découvre que :
« Depuis plusieurs mois, la Ville a engagé des discussions avec différents partenaires pour répondre à ces besoins, notamment avec un organisme privé afin de créer à Voiron un centre de santé permettant de salarier des médecins en exercice coordonné. Ce centre, qui pourrait être installé au nord de la ville, à proximité du campus de la Brunerie, permettrait en outre le développement d’un pôle sport-santé avec des offres autour de la médecine du sport. »
S’agit-il du projet de transformation des bureaux actuels de King Jouet en « maison médicale », dont Philippe Gueydon, patron de l’entreprise, avait laissé flotter la possibilité lors d’une réunion très sélect organisée à la mairie de Voiron, en septembre 2024 ?
Quoi qu’il en soit, le service comm’ de la Ville parle bien ici d’un « centre de santé ». En revanche, dans sa tribune politique, la majorité parle à deux reprises d’une « maison de santé » :
« Aux Blanchisseries, un projet porté par un opérateur privé prévoit la création d’une maison de santé reposant notamment sur le salariat de médecins, avec l’ambition de développer, à terme, un véritable pôle dédié à la médecine du sport, à la prévention et à la rééducation, en lien avec les équipements sportifs de la Brunerie. Cette maison de santé s’intégrera dans un important pôle dédié à la santé. »
La différence peut sembler ténue, mais elle est fondamentale : dans un centre de santé, les soignants (médecins, infirmiers et autres) sont salariés par un organisme (association, mutuelle, mairie), alors que, dans une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP), ils exercent en profession libérale.
Vincent Degrez







