Le 23 septembre, une réunion « exceptionnelle » de la commission Travaux s’est tenue à la mairie de Voiron. Philippe Gueydon (King Jouet) et sa fille architecte se sont déplacés pour l’occasion afin de présenter aux élus leur double projet de siège social/parking-silo près de la gare. Voici l’essentiel de ce qui s’est dit… et que vous n’entendrez probablement jamais, puisqu’aucune réunion publique n’est prévue par l’exécutif municipal.
Les élus ont été conviés le 23 septembre dernier à 18 heures, au 1er étage de la mairie de Voiron, à une réunion de la commission Travaux, Environnement, Urbanisme et Qualité de vie (TEUQV) – une réunion « élargie » et « exceptionnelle », précise l’invitation. À l’ordre du jour, un seul sujet : « Présentation du projet porté par King Jouet sur le terrain de l’actuel parking des Frères Tardy ».
Première surprise : bien que leur nom ne soit pas mentionné sur l’invitation que j’ai pu consulter, Philippe Gueydon (patron de King Jouet et de Fijace, maître d’ouvrage du projet), Pauline Gueydon (l’une de ses filles, architecte et fondatrice du cabinet BOPA) et Philippe Barbeyer (architecte, qui chapeaute également le futur parking-silo du Grand Angle) sont présents.
Friche ou parking ? ou l’art de gagner sur les deux tableaux
Un mot reviendra à plusieurs reprises dans la bouche du maire de Voiron : « friche ». Pour évoquer le parking des Frères-Tardy, il n’hésite pas à parler de la « friche ex-Sernam », du nom de cette halle démolie en 2016. J’en ai déjà parlé et je reviendrai en temps voulu sur cette rocambolesque affaire, qui vaut à Bruno Gattaz, adjoint à l’urbanisme durant la première mandature de Julien Polat (et toujours conseiller municipal), d’être renvoyé en correctionnelle.
Le terme est un peu étonnant. Selon mon dictionnaire, une « friche » est un terrain précédemment exploité, à présent abandonné et colonisé par la végétation. Une friche industrielle est un espace industriel désaffecté. Or, par définition, le parking des Frères-Tardy n’est pas une friche, puisqu’il s’agit… d’un parking. En activité, et dont la mairie a confié la gestion à une entreprise privée.
De plus, le maire, pourtant à l’origine de ce même parking – une promesse de campagne en 2013, et un parking inauguré en grande pompe dès la fin de 2014, puis agrandi –, estime à présent que cet espace n’est pas le « meilleur visage » que la ville de Voiron puisse offrir aux personnes qui la découvrent… Étrange retournement de situation. Cela rappelle le dossier de présentation de King Jouet, où l’entreprise insiste sur son intention de végétaliser une portion d’un terrain que le maire actuel avait recouvert d’enrobé voici une décennie.

D’abord le siège de bureaux, puis le parking-silo
Un moment quelque peu surréaliste est survenu lorsque Julien Polat, qui revendique fréquemment son souci de valoriser le patrimoine voironnais, a indiqué, Google Street View sous les yeux, que, sur l’avenue des Frères-Tardy et face au terrain concerné, rien ne méritait d’être « classé aux Monuments historiques ». Façon de souligner qu’aucun critère esthétique n’empêche l’implantation de bâtiments modernes dans cette zone.
Pauline Gueydon estime quant à elle que les deux bâtiments projetés agiront même comme une sorte de « double filtre », visuel et phonique, entre les riverains et commerçants de l’avenue et les quais de la SNCF. Pas sûr que cela achève de convaincre les voisins d’en face, qui vont aussi subir de longs mois de travaux.
À ce sujet, Philippe Gueydon prévoit de construire d’abord le siège proprement dit, en lançant (idéalement) début 2025 des travaux qui devraient durer 18 mois. Il compte conserver un parking provisoire de quelque 140 places durant cette phase. Le parking-silo, quant à lui, attendra la livraison des bureaux, ce qui situerait le début de ce chantier à la mi-2026 au plus tôt. Le patron de King Jouet dit d’ailleurs travailler sur une « version 2 » du projet de parking-silo, sans guère donner de détails sur ce qui pourrait changer par rapport au plan précédent.
Quelques infos en vrac
Philippe Gueydon envisage d’installer une maison médicale dans le siège actuel de King Jouet aux Blanchisseries.
Selon Pauline Gueydon, la micro-crèche publique, située au rez-de-chaussée du bâtiment de bureaux, est censée « compléter l’offre » en la matière à Voiron. Avec 12 places pour des petits mais 180 salariés présents quatre jours par semaine, comment s’organisera ce service ? Et combien de places restera-t-il pour les Voironnais non salariés de King Jouet ?
Plusieurs points resteraient à fixer, parmi lesquels le prix de vente des deux parcelles concernées. Ce prix devrait être débattu au conseil municipal du 30 octobre. Rappelons que la parcelle cadastrée AW 306 (la plus proche de la gare) a été acquise par la Ville de Voiron à SNCF Réseau pour 500.000 euros HT en 2015, contre 320.000 euros HT pour la seconde parcelle (AW 325) acquise en 2019. Soit 820.000 euros HT pour le tout ; pas loin du million d’euros TTC.
Quant au futur parking-silo, Philippe Gueydon dit pencher pour en confier la gestion au même prestataire que les autres parkings publics (Tisserands, Frères-Tardy et Porte de la Buisse) de Voiron, Indigo Park. Ceci dit, le marché signé avec cette entreprise privée vient à échéance le 31 décembre. Et en juin dernier, il a été décidé de se grouper avec le SMMAG (Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise) « afin de désigner le prochain titulaire du marché d’exploitation, de maintenance et d’entretien des parkings de Moirans, Rives et Voiron ». Le SMMAG étant désigné coordonnateur du groupement.
En revanche, la viabilité financière de cette partie du projet n’a guère été éclairée, alors que la Ville débourse 150.000 à 200.000 euros par an pour renflouer le parking des Tisserands tout proche. D’autant que les salariés de King jouet devraient occuper un tiers du parking-silo quatre jours par semaine.
Il est envisagé de connecter l’arrière du terrain au parking des caves de Chartreuse. Afin, dit-on, de faciliter l’accès de leurs visiteurs venant de la gare, mais aussi l’utilisation du futur parking-silo. Cela paraît un peu surprenant, car le parking actuel des caves ne semble jamais saturé, et l’accès depuis la gare se fait aisément par le trottoir.
Enfin, le sens de circulation devant la gare ne devrait pas changer. Les deux flèches allant dans le même sens, que l’on découvrait sur le plan intégré à la demande de permis de construire (voir ci-dessous), sont donc une « coquille ».
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