«La direction de l’hôpital nous a démontré que la réouverture des urgences pédiatriques ne serait pas possible»
Au moins 200 personnes ont marché de l’hôpital de Voiron jusqu’à la mairie ce samedi matin, pour réclamer la réouverture rapide des urgences pédiatriques et adultes. Une délégation a été reçue par le premier adjoint au maire et la directrice générale adjointe du CHU de Grenoble-Alpes. Elle est ressortie de cette réunion avec une conclusion : malgré la volonté affichée, « il n’y a pas de plan de réouverture des urgences voironnaises avant les calendes grecques ».
Deux bonnes centaines de personnes ont participé à la manifestation ce samedi 13 juin 2026 dans les rues de Voiron. Une longue marche partie du nouvel hôpital de Voiron et qui a abouti sur le Mail sud. Comme Rue Haute l’annonçait hier, une délégation composée de pédiatres, de membres du personnel et de représentants syndicaux a ensuite été reçue en mairie par Yves Allardin, premier adjoint de la Ville de Voiron (aux finances, ressources humaines, administration générale et économies), et par un membre de la direction du CHU Grenoble-Alpes – en l’occurrence Anne Kittler, directrice générale adjointe.
Au sortir de cette réunion, certains membres de la délégation ont pris la parole. Une infirmière puéricultrice et représentante syndicale CGT en a d’abord exposé les points positifs : « En matière de recrutement des infirmières puéricultrices – un point auquel nous tenions au sein de la CGT –, le maintien de l’infirmière puéricultrice a été acté. Il n’y aura pas de suppression de poste, elles resteront à trois toutes les nuits. »
Une remarque a alors fusé dans les rangs du public : « Ce n’est pas une avancée, c’est un maintien, un non-recul ! » « C’est un non-recul, ou plutôt une avancée dans les revendications, on va dire », a répondu l’infirmière puéricultrice.
Pour rappel, ces revendications pour une réouverture des urgences pédiatriques sont au nombre de quatre :
- Recrutement immédiat de trois médecins pédiatres (équivalents temps plein)
- Passage en décompte horaire continu
- Maintien du 3e poste de puéricultrice de nuit
- Recrutement d’un·e cadre expérimenté·e dans la fonction et dans la discipline de pédiatrie
3 médecins annoncés aux urgences pédiatriques, pour moins de 2 équivalents temps plein
Du côté du personnel médical, la directrice générale adjointe est restée « dans le domaine de l’annonce », a pointé ensuite Cyrille Vennet, anesthésiste-réanimateur et ancien secrétaire général du syndicat SNMH-FO. « Elle annonce que trois médecins vont être recrutés. Et comme ils avaient aussi parlé de la cadre, dans un premier temps je me suis un peu enthousiasmé – faussement, parce que je me méfie toujours – en disant que cela faisait donc trois revendications satisfaites sur quatre : trois médecins, le maintien de l’infirmière et la cadre. »
Un enthousiasme rapidement douché par la DGA. Ces trois médecins correspondent en réalité à 1,9 équivalent temps plein (ETP). « Et ces médecins, actuellement, on ne les connaît pas, ils ne sont pas en France », a ajouté Cyrille Venet.
Des propos précisés par la pédiatre présente durant la réunion : « Ces trois médecins sont des pédiatres seniors, ou en passe de le devenir. Mais ils seront disponibles pour la fin d’année 2026, début 2027. En outre, ils représentent effectivement 1,9 ETP et pas 3 ETP. » Voilà pour le côté senior. « Côté junior, donc les internes qui sont en attente d’être renforcés », la directrice générale adjointe a évoqué « des postes de “faisant fonction d’interne” qui ont commencé à être recrutés, mais qui ne sont pour le moment pas assez nombreux ».
Conclusion de la pédiatre : « On imagine pour fin juillet la possibilité de rouvrir deux nuits par semaine », à l’instar des urgences adultes depuis le 4 juin, « si ces personnes qui viennent juste d’arriver peuvent faire des gardes. Il y en aurait peut-être d’autres, mais ce n’est pas fait, elles ne sont pas en France. Elles pourraient venir pour tenter de rouvrir de plus en plus de nuits. »
Urgences pédiatriques de Voiron : « Pas de plan de réouverture avant les calendes grecques »
« Résumé en langage syndicaliste clair », Anne Kittler « nous a dit que la volonté du CHU était de rouvrir [les urgences pédiatriques la nuit] avant le mois de novembre », a repris Cyrille Venet. Une promesse ou une déclaration d’intention ? En effet, la directrice générale adjointe « nous a démontré par A+B, au fil de la discussion, que cela ne serait pas possible. Elle ne l’a pas dit comme ça, mais c’est ce qu’on en a conclu. Sophie Sausse, secrétaire de la CGT à l’hôpital de Voiron, a repris les choses comme ça, moi-même et la secrétaire du syndicat des médecins aussi. »
« On en a conclu, et ils en ont convenu, qu’il n’y avait pas de plan de réouverture avant les calendes grecques », a résumé l’anesthésiste-réanimateur. « Par contre, ils affirment avec tout l’aplomb nécessaire que c’est leur volonté la plus absolue. »
Selon Cyrille Venet, la délégation et la DGA ont eu par ailleurs « une discussion assez technique sur le fameux “temps continu” qui est susceptible d’amener des médecins à choisir de venir à Voiron » :
« C’est une façon de compter le temps de travail qui existe à Chambéry, qui existe pour les médecins pédiatres des urgences de Grenoble. Donc on lui a dit : on a beaucoup de mal à comprendre pourquoi on ne pourrait pas adopter cette technique à Voiron. Elle nous a expliqué que c’était à l’étude. Claire [Ara-Somohano, secrétaire générale du SNMH-FO] a rappelé que la commission de la permanence des soins, qui s’occupe de la façon de gérer les gardes, avait statué très techniquement en disant que c’était possible, et avait émis un avis favorable. »
Pour lui, l’incertitude quant au coût de ce changement constitue l’obstacle principal à l’adoption du temps continu à Voiron : « On ne sait pas exactement combien ça coûte. C’est tout. Je dis ça pour répondre au discours selon lequel on ne trouve pas de médecin : non, c’est parce que ça coûte. Je crois que tout le monde peut comprendre cela. »
« Qu’est-ce qui manque pour rouvrir les urgences pédiatriques la nuit ? », a renchéri Claire Ara-Somohano. « Il manque des médecins. Il faut recruter tout de suite trois médecins et continuer d’étoffer l’équipe de médecins pédiatres rapidement. Il faut des pédiatres maintenant. Pas en novembre, en décembre, en janvier : maintenant. Ce n’est pas facile, mais c’est possible. »
À ses yeux, il est envisageable de recruter ces pédiatres « si l’on crée les conditions d’attractivité » pour cela. « On ne peut pas s’arrêter à des discussions pour voir comment on pourrait faire en novembre, ou en janvier, ou en février, ou en mars. Il faut décider de se donner les moyens de recruter des pédiatres maintenant. Et c’est possible. »
« Peut-être que cela manque un peu d’élus locaux… »
Pour la suite, la « très bonne mobilisation » de ce samedi est encourageante pour les membres de la délégation. Tout comme le fait que la manifestation ait réuni à la fois des personnels de l’hôpital, la population, des organisations syndicales et certains élus.
« Peut-être que cela manque un peu d’élus locaux », a admis Cyrille Venet. « On s’était quand même adressés aux 150 communes de la région. Il reste donc un travail de regroupement à accomplir, parce que c’est ça, la vraie puissance. Au point où on en est, il me semble qu’on ne peut pas redescendre, et on ne peut pas laisser tomber. »
L’idée est dès lors de « se réunir », de « travailler pour prendre des initiatives ». « Je ne suis pas en mesure, moi, aujourd’hui, de dire ce qu’on va faire. Mais avec toutes les têtes qui sont là, toutes les sensibilités, tous les genres de personnes qui sont présents, je pense que, comme cela a été dit dans l’intervention du Collectif santé voironnais », le mot-clé est « l’unité, l’unité. On a déjà bien commencé. »
Vincent Degrez
«Où est Julien Polat, qui se dit attaché à l’hôpital de Voiron ? Il n’est pas là !»
La délégation a été reçue par le premier adjoint de la Ville de Voiron, Yves Allardin (qui s’est apparemment contenté d’écouter la discussion), et non par le premier édile lui-même. Pourtant, Julien Polat siège au conseil de surveillance du CHUGA, au titre de sa vice-présidence du Conseil départemental de l’Isère. Une absence remarquée, tout comme celle des élus de la majorité municipale voironnaise durant la manifestation.
À un jeu de pierre de l’hôtel de ville, Sandrine Nosbé, députée (LFI-NFP) de la 9e circonscription de l’Isère, n’a pas manqué d’insister sur ce point dans son discours :
« Yannick Neuder, l’ancien ministre de la Santé, est venu vendre du rêve [lors de sa visite de l’hôpital de Voiron en mars 2025]. C’était un petit peu avant les municipales. Le maire de Voiron était présent. L’analyse que l’on peut en faire, c’est que Yannick Neuder était venu faire la campagne de Julien Polat. Car où est Julien Polat ? Où est le maire qui se dit attaché à l’hôpital de Voiron ? Où est-il ? Il n’est pas là. »
L’argument du manque de moyens relève de la poudre aux yeux selon la députée insoumise : « Plus de 36 milliards ont été votés pour la guerre, 211 milliards d’argent public vont aux grandes entreprises sans condition, sans même une analyse de l’efficacité de ces aides publiques à ces entreprises. L’argent, il y en a, c’est juste qu’on ne veut pas soutenir l’hôpital public. Leur projet, c’est de tout privatiser et que tout le monde paie. Or, on sait très bien que quand tout sera privé, beaucoup seront privés de tout. »





