Une assemblée générale a réuni personnels médicaux et non médicaux, syndicalistes, citoyens et élus ce mardi à l’hôpital de Voiron. En cause : la fermeture nocturne des urgences pédiatriques – rejoignant ainsi les urgences adultes, fermées de 18h à 8h depuis plusieurs mois. Face à une dégradation inacceptable de la situation et des conditions de travail, une mobilisation a été décidée devant la direction du CHU de Grenoble dans une semaine. Et un rendez-vous a été demandé à la directrice générale.
Ils étaient une trentaine, pédiatres, personnels médicaux et non médicaux, représentants syndicaux, citoyens et élus, autour de la table dans la salle de réunion de l’hôpital voironnais, ce mardi 12 mai. À l’appel des syndicats CGT, FO et SNMH/FO, ils sont revenus sur la fermeture des urgences pédiatriques de Voiron de 18h à 8h du matin, toutes les nuits, depuis le 4 mai. Et, plus généralement, sur la nécessité de se mobiliser pour trouver une solution. Sur un tract commun, on pouvait ainsi lire :
« L’offre de soins du nouvel hôpital n’est plus en danger mais INEXISTANT la nuit ! Après la fermeture des urgences adultes la nuit, 6 jours sur 7, c’est au tour des urgences pédiatriques…
Cette situation est inacceptable pour les jeunes patients et leurs familles.
Cette nouvelle atteinte aux soins ne peut que majorer l’angoisse des parents en détresse durant la nuit et accentue la colère des soignants. »
« Après cet appel intersyndical à la mobilisation, l’idée est de savoir ce que nous allons faire pour soutenir les revendications du service pédiatrie », a pointé en introduction Cyrille Venet, représentant SNMH/FO. « Le CHU compte 16 services : si un tombe, tout le monde tombe. » Une question d’autant plus brûlante que d’autres services sont déjà sous tension, voire menacés. La direction du CHU Grenoble-Alpes a ainsi envisagé de ne pas remplacer un départ à la retraite au sein du service de biologie. Sans négliger, bien sûr, les urgences voironnaises, fermées de 18h à 8h du matin depuis des mois, sans visibilité sur une réouverture plus large.
« La pédiatrie à Voiron a besoin d’une vision claire sur son avenir »
Dans une lettre ouverte, une quinzaine de médecins – y compris des médecins hors site de Voiron – plaidaient déjà pour des mesures urgentes de recrutement de médecins :
« Des solutions existent pour créer les conditions de recrutement en urgence de quatre médecins pédiatres, permettre rapidement la réouverture et sécuriser le maintien de l’accueil des urgences pédiatriques 24h sur 24.
Nous médecins praticiens à l’hôpital de Voiron ne pouvons pas accepter cette nouvelle dégradation de l’accès aux soins, et les risques que cela engendre pour la sécurité des patients.
Nous demandons à ce que les mesures de recrutement des pédiatres soient prises en urgence. »
Par ailleurs, un e-mail a été diffusé par un pédiatre du Centre hospitalier de Voiron (CHV), dont un vent favorable a apporté une copie à Rue Haute.
On peut y lire que le service pédiatrie est en attente de l’arrivée de plusieurs FFI, des « faisant fonction d’internes » : « Nous avons envoyé les candidatures de cinq d’entre eux à l’administration début avril, et l’administration (…) a validé » ces cinq dossiers. « Malheureusement, sur ces cinq FFI, un seul travaille en France et devrait arriver début juin, après la fin de son précédent contrat. » Les autres viennent de pays d’Afrique et, « visiblement, les démarches pour obtenir les bons visas patinent, l’un d’eux ne nous répond plus, etc. »
Début juin, une rencontre doit être organisée avec la nouvelle DRH pour les effectifs médicaux, « et nous appuierons ++ pour le recrutement de PHc », des personnels hospitaliers contractuels, ajoute encore le médecin.
À ses yeux, « la pédiatrie à Voiron a besoin d’une vision claire sur son avenir ». Pour effectuer ses missions de service public, il faut selon lui :
recruter davantage de personnels hospitaliers « pour tendre vers son effectif-cible calculé avec l’administration autour de 11,8. Donc accepter de recruter des PHc et, d’ici trois ans, ouvrir deux postes de PH titulaires supplémentaires » ;
valider le passage en temps continu[1], « rendu nécessaire par une permanence des soins toujours plus chronophage et qui permettra de revaloriser notre attractivité » ;
que les postes d’internes dédiés chaque semestre « soient un minimum sanctuarisés. Nous respectons leurs temps de travail et nous les seniorisons ; il nous paraît nécessaire que les internes de médecin générale se forment à la pédiatrie avec des pédiatres, à la gynéco par des gynécologiques, et participent à la permanence des soins. Sans eux, la charge de travail retombe sur les seniors » ;
avoir un encadrement paramédical bienveillant : « Après trois ans, notre faisant fonction cadre est sur le départ et il faut une cadre expérimentée qui puisse soutenir localement l’équipe. »
« Ça me glace, j’ai peur. C’est une ligne rouge, personnelle et professionnelle »
Selon l’élue CGT Sophie Sausse, une rencontre avec François Verdun (directeur des ressources humaines du CHUGA) et Jean-Marc Baietto (directeur délégué entre autres du pôle de pédiatrie du CHUGA) n’a pas permis d’éclaircir les choses : « Ils nous ont répondu que c’était un problème d’internes. Ils se sont appuyés sur le faible nombre de passages nocturnes pour remettre en question la présence d’une infirmière de nuit. » Pour Delphine Onorati, élue FO, le fait que les urgences pédiatriques ferment à 18h est tout à fait « inacceptable ».
D’après une autre élue CGT, ces deux interlocuteurs auraient avancé l’idée de réunir les urgences adultes et enfants afin de pallier le manque de personnel et de « tout faire au même endroit ». « Ce serait une catastrophe ! », tranche-t-elle. « En outre, ça ne changerait rien pour nous, puisque les urgences adultes sont déjà fermées le soir et la nuit », embraie Claire Ara-Somohano, élue SNMH/FO.
« Le service pédiatrie est indispensable pour notre territoire », enchaîne une soignante. « Nous avons un bel hôpital tout neuf : les gens ne comprennent pas que les urgences ferment ! Et en tant que mère de deux enfants, je suis très inquiète à l’idée de devoir me rendre à Grenoble en cas de problème grave. Les urgences pédiatriques du CHUGA sont sursaturées, j’en ai fait l’expérience. Ajoutez à cela un trajet de trois quarts d’heure… » Elle confie son inquiétude : « Ça me glace, j’ai peur. C’est une ligne rouge, personnelle et professionnelle. »
Selon une pédiatre de l’hôpital voironnais, « le facteur déclenchant, c’est le problème des internes qui, pour les six prochains mois, n’ont pas été affectés à notre stage par le département de médecine générale. » Le tract intersyndical chiffrait d’ailleurs : « Malgré l’intégration de 512 internes au CHUGA en mai, aucun interne n’a été affecté en pédiatrie sur Voiron ! Nos pédiatres ne peuvent assurer seuls l’activité de maternité et la prise en charge des urgences la nuit. »
« Certes, la direction n’a sans doute que peu de poids face à une décision de l’Agence régionale de santé », admet la pédiatre. « Mais elle aurait peut-être pu nous défendre un peu mieux. »
Une dégradation des conditions qui vient s’ajouter à « une situation déjà très fragile du point de vue du personnel, et qui a contribué au départ du chef de service l’an dernier, et de collègues ». Et ce, même si « l’administration nous soutient dans le recrutement d’internes. Nous avons mené une quinzaine d’entretiens avec des candidats, en vue de recruter trois ou quatre internes qui nous rejoindraient dans les semaines à venir. »
En revanche, déplore-t-elle, « l’administration s’engouffre dans l’argument selon lequel, si on ferme partiellement les urgences pédiatriques, on n’a plus besoin d’une infirmière de nuit. Or, nous avons maintenu l’arrivée de patients via les ambulances. Et l’infirmière de nuit vient en soutien des collègues en pédiatrie et néonat’, qui ne sont qu’une par service. » Sans oublier que « des collègues vont partir en disponibilité ou en congé maternité. L’administration nous répond que les candidatures sont là, mais il n’y a pas de recrutement. J’ai trouvé que l’administration prenait cette situation de façon très légère. Ils nous disent que les patients n’ont qu’à se rendre à Grenoble. Mais ceux qui habitent à 30 km de Voiron sont donc à 60 km du CHUGA… »
Un médecin dénonce au passage le fait que la réunion de crise qui a mené à la fermeture nocturne des urgences pédiatriques, « dont on a appris la tenue par hasard », n’ait pas compris de représentant du service concerné.
« Quel est le plan pour Voiron ? »
« Lorsque des classes sont fermées dans les écoles, cela relève d’une décision du rectorat ; à quelques rarissimes exceptions près, les services hospitaliers ferment sans que personne n’en ait pris formellement la décision », souligne encore Cyrille Venet (SNMH/FO). « Cette fois, nous avons la possibilité de créer une importante mobilisation à l’hôpital, en impliquant les personnels médicaux et non médicaux, les syndicats, mais aussi les parents, les maires, les députés, etc. »
Le représentant du Collectif santé voironnais acquiesce : « De l’expérience des collectifs tels que le nôtre un peu partout en France, il ressort que des reculs ont été obtenus de l’ARS et des directions lorsque la mobilisation est la plus large et participe d’une véritable unité d’action. »
Damien Bagnis, secrétaire de l’Union syndicale départementale CGT de la santé et de l’action sociale, prévient : « Sur les 30 dernières années, tous les hôpitaux qui ont perdu la pédiatrie sont devenus des hôpitaux gériatriques. Quel est le plan pour Voiron ? Si le CHV ferme ses portes, le CHU de Grenoble ne pourra pas absorber ce flux de patients. »
Christian Ferraris, suppléant de la députée (NFP-LFI) de la 9e circonscription de l’Isère, Sandrine Nosbé, réaffirme le soutien de celle-ci envers la lutte pour l’hôpital voironnais. La députée est d’ailleurs en pleine rédaction d’un courrier à l’intention de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, autour de deux points principaux : la situation des urgences pédiatriques à Voiron, et plus généralement les promesses de son prédécesseur au ministère, le député LR Yannick Neuder, redevenu, depuis son départ du gouvernement, « simple » cardiologue et chef de service au CHUGA.
Décision est prise d’organiser un rassemblement devant la direction du CHUGA ce mardi 19 mai à 14h, et de demander parallèlement un rendez-vous à Monique Sorrentino, directrice générale du centre hospitalier – un courrier vient de lui être envoyé en ce sens. Une chose est sûre : la mobilisation pourrait s’amplifier si les réponses de cette dernière ne sont pas satisfaisantes.
Vincent Degrez
[1] Il existe deux façons de comptabiliser le temps de travail, précise le syndicat de praticiens hospitaliers SNPHAR-E dans un dossier disponible en ligne : « Soit en demi-journée (DJ), soit en temps médical continu (TMC). Actuellement, le TMC est dérogatoire et réservé à quelques spécialités. » Pour le syndicat, « si le praticien participe à la PDS (permanence des soins, autrement dit la garde et l’astreinte, NDLR) et/ou si sa spécialité lui confère un travail posté dans un bloc opératoire, sur un plateau technique avec des amplitudes horaires définies, un décompte en heures paraît souhaitable. Pour toutes les autres spécialités où le praticien ne participe pas à la PDS, il semble plus judicieux d’avoir un décompte en DJ car il n’y a pas de dimensionnement horaire. Le décompte des obligations de service en DJ ou en heures devrait, de toute façon, être au choix du praticien (ou de l’équipe/du service). »
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