La dette de la commune de Voiron a tout pour inquiéter, avec une capacité de remboursement qui s’épuise lorsqu’on regarde les chiffres de près. Parmi les causes de ces difficultés financières, le stationnement est largement revenu dans les débats du conseil municipal le 22 avril dernier. Et notamment l’éternelle question des parkings-silos, dont deux (voire trois ?) devraient voir le jour dans les années qui viennent.
Outre la dette, un autre sujet a vu s’affronter le maire et les élus minoritaires de gauche au dernier conseil municipal : le budget « parcs de stationnement ». Un budget qui exige, chaque année, plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros de subventions de la Ville pour atteindre l’équilibre.
Julien Delas (élu d’opposition Voiron en Commun) a ainsi pointé le fait que, « depuis six ans, ce sont quand même 1 million d’euros cumulés qui ont été injectés pour équilibrer ce budget » précis. Et les perspectives, à ses yeux, ne sont pas bonnes au vu des emprunts récemment contractés, qui « pèsent aujourd’hui près de 4 millions d’euros. La charge des intérêts de la dette et le remboursement du capital de la dette augmentent, notamment avec l’arrivée de deux emprunts importants [dont le remboursement a débuté] en 2025 et début 2026. Ce sont des emprunts assez longs, respectivement 30 et 25 ans, qui vont impacter durablement ce budget. »
D’évidence, le budget parcs de stationnement rencontre « un problème récurrent ». Et d’interroger le maire : « Qu’est-ce que vous comptez faire pour y remédier, et comment, dans un tel contexte, peut-on envisager la création d’un nouveau parking, comme vous l’avez indiqué dans votre programme politique ? »
En effet, dans son programme de campagne pour les municipales 2026, le candidat Polat écrivait notamment ceci : « Dans les années à venir, un nouveau parking verra le jour entre la gare et l’espace Mille Pas et, en partenariat avec le Pays voironnais, dans le quartier DiverCité à côté du gymnase Chautard »
Le parking « entre la gare et l’espace Mille Pas », c’est évidemment le futur parking « King Jouet ». Celui-là même que l’entreprise dirigée par Philippe Gueydon devait construire elle-même (« Nous n’aurions pas la charge de l’investissement et nous ferions des recettes avec la vente du terrain », affirmait Julien Polat en juillet 2024), avant de passer à une forme de partenariat public-privé moyennant un coût partagé (5 millions d’euros au total, sans qu’on en sache la répartition), pour finir par un parking intégralement payé par la commune, moyennant une facture fixée à 6,75 millions d’euros… pour le moment.
Quant au parking prévu « dans le quartier DiverCité à côté du gymnase Chautard », c’est un vieux projet, déjà présent dans le dossier de révision du PLU. Il avait valu à Voiron Citoyenne, groupe d’opposition durant la mandature précédente, une volée de bois vert de la part du Pays voironnais basket club (PVBC), après que sa cheffe de file eut proposé ce site pour accueillir le nouveau siège de King Jouet, en lieu et place du parking des Frères-Tardy à côté de la gare. Le PVBC avait alors publié un communiqué sur sa page Facebook, où le club indiquait « que ce terrain en question est à ce jour occupé par le poumon économique du Pays Voironnais Basket Club, à savoir l’intégralité de ses bureaux destinés aux collaborateurs du club, mais aussi l’intégralité des espaces destinés à l’hospitalité partenaires. Par conséquent, nous dénonçons fortement cette proposition qui, en cas de mise en application, serait synonyme de dépôt de bilan pour notre association, voironnaise également. »
En revanche, aucun communiqué pour réagir aux écrits du candidat Polat durant les dernières municipales, où celui-ci réaffirmait pourtant son intention de remplacer le « poumon économique » du PVBC par un parking-silo.
Ajoutons par ailleurs qu’en conseil de quartier, Julien Polat a eu l’occasion de confier son désir de construire un (dernier ?) parking-silo au nord de la ville, à la place d’une partie des bâtiments que la commune rachète depuis des années sur le côté nord de la rue Grande. Cet ultime parking-silo suffirait-il à contenter les commerçants concernés par une transformation du Mail depuis le viaduc ferroviaire jusqu’aux portes du magasin Bonnat, avec, comme sur la partie sud, la perte des places de stationnement qui s’y trouvent actuellement ?
Certes, le maire semble avoir renvoyé le projet du Mail nord aux calendes grecques. Mais s’il assure à L’Essor Isère que la requalification du Mail nord « n’a pas été étudiée », il paraît oublier que plusieurs scénarios ont été présentés lors de la réunion d’information sur les travaux de la partie sud.
« Je n’ai rien à vous prouver » : la gestion en circuit fermé du stationnement à Voiron
La question du stationnement – un cheval de bataille du maire de Voiron depuis sa toute première campagne des municipales en 2014 –, et singulièrement celle des parkings-silos, est lourde de conséquences en termes de budget. La construction du parking en ouvrage du Grand Angle, qui était censé compenser les places perdues depuis la rebétonisation du Mail sud (même si le compte n’y est clairement pas), a coûté la bagatelle de 5,37 millions d’euros HT, dont 2,6 millions pour la seule commune. Et ce, sur un dossier global Mail/parking évalué à plus de 11,3 millions d’euros.
Trois nouveaux parkings-silos sont-ils vraiment envisageables en ces temps de disette financière ? Pour celui qui jouxtera le nouveau siège de King Jouet, les délibérations ont été prises et les travaux du bâtiment de l’entreprise ont débuté (malgré les recours en justice et la plainte déposée auprès du procureur de la République).
Sans négliger les frais de gestion et d’entretien au-delà des coûts de construction, rappelle le maire dans sa réponse à Julien Delas :
« Et puis, pour ce qui concerne les remarques de M. Delas, en fait, si je traduis vos propos, c’est que vous êtes contrarié par l’idée que la politique de prise en charge du stationnement coûte de l’argent à la Ville. Oui, construire des parkings, ça coûte. Les entretenir, les gérer, ça coûte. Figurez-vous que tous les aménagements publics d’infrastructure coûtent. Figurez-vous que les pistes cyclables, les aménagements cycles qu’on a faits et que nous sommes en train de faire sur les Écrins et Servin, ça coûte. »
Vieille technique rhétorique : dès que le débat porte sur « la voiture » au sens large, le maire de Voiron parle du vélo. Comme s’il fallait opposer le cycle et l’automobile… et façon de renvoyer l’opposition de gauche voironnaise à un usage prétendument exclusif du cycle au détriment de la voiture.
Selon Marion Ghibaudo (élue Voiron en Commun), il ne faut pas opposer ces deux modes de déplacement, et le vélo coûterait moins cher que la voiture :
« L’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, placée sous la double tutelle des ministères chargés de l’écologie et de la recherche, NDLR) indique que cela revient moins cher à une ville, en termes de coûts globaux, de construire des pistes cyclables. Pourquoi ça coûte moins cher ? Parce que ce sont des infrastructures moins lourdes, il y a aussi moins de gros accidents qu’avec les voitures, une baisse de la pollution, une baisse de la congestion. Et puis, une piste cyclable, c’est un flux de personnes qui va passer, donc cela revient moins cher par rapport au coût des personnes qui utilisent les parkings. »
« Les infrastructures cyclables coûtent à la ville, elles ne rapportent pas », réaffirme en réponse Julien Polat. « Quand on a dépensé à l’époque 600 ou 800.000 euros pour mettre en conformité l’avenue Marie-Curie, c’était un gros parti pris d’investissement. Quand on a mis, de mémoire, un million d’euros pour la rue du Placyre, c’était un gros parti d’investissement. Ce qu’on est en train de faire sur les rues des Écrins et Cervin, c’est la même chose. La part de réalisation de la piste bidirectionnelle le long du Mail, c’est un gros coût d’investissement. Voilà, je le disais simplement. N’attendez pas de la mobilité automobile qu’elle rapporte de l’argent à la ville et qu’elle ne lui coûte pas, parce que ce sont des infrastructures d’équipement qui coûtent comme toutes les autres. »
En parlant de « parti pris d’investissement », le maire omet de préciser que ces aménagements cyclables ne sont pas une option, mais une obligation instaurée par la loi d’orientation des mobilités (LOM) du 24 décembre 2019, qui stipule qu’« à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines, à l’exception des autoroutes et voies rapides, doivent être mis au point des itinéraires cyclables pourvus d’aménagements prenant la forme de pistes, de bandes cyclables, de voies vertes, de zones de rencontre ou, pour les chaussées à sens unique à une seule file, de marquages au sol, en fonction des besoins et contraintes de la circulation ».
Teresa Cal-Linares (élue Voiron en Commun) réclamera enfin, comme le groupe Voiron Citoyenne en son temps, une étude pour prouver l’opportunité de la politique de stationnement menée par la Ville de Voiron ces dernières années : « Pourrez-vous faire une étude sur la façon dont ces parkings sont utilisés ? Combien ils rapportent ? Pourquoi ils sont aussi déficitaires ? Peut-être que ce n’était pas un bon choix. Ou peut-être si. Prouvez-le, donnez-nous un bilan. Faites un bilan et rendez-le public ! »
Ce à quoi le maire de Voiron se contentera de répondre : « Je n’ai rien à vous prouver. Vous n’êtes pas une inspectrice à qui je dois rendre des comptes particulièrement. » Oubliant, dans la chaleur du moment sans doute, l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, texte qui décore pourtant la montée d’escalier menant au salon d’honneur de l’hôtel de ville : « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. »

La construction de parkings-silos est un choix éminemment politique. Reste à savoir si la dette contractée par une commune déjà plongée dans une forme d’inconfort budgétaire, pour un ouvrage à ce point déficitaire, est un choix judicieux. Lorsque le commissaire-enquêteur intervenu lors de la dernière révision du PLU a demandé, à la mairie, les études dont celle-ci se prévalait pour conclure à la nécessité de bâtir de nouveaux parkings en ouvrage, les services de la Ville ont subitement cessé de lui répondre. Quant à mes propres demandes en ce sens, elles attendent une décision du tribunal administratif de Grenoble, que j’ai dû saisir malgré un avis favorable de la Commission d’accès aux documents administratifs.
Quant à Anthony Moreau, déjà adjoint à l’urbanisme sous la mandature précédente, il avait indiqué, en octobre dernier, qu’il conviendrait « peut-être qu’à un certain stade, on prenne des études de mobilité et de stationnement qui nous permettent de vérifier si l’ensemble du projet est cohérent et général ». On croise les doigts pour que ces études a posteriori confirment le bien-fondé de travaux financés et… achevés.
Des parkings à 7,50 euros de l’heure à Lyon, vraiment ?
Lorsqu’on évoque le coût de la politique de stationnement, y compris celui de la construction de parkings-silos (qui se chiffre en millions d’euros), la carte « jardin de ville » est souvent abattue par le premier édile pour trancher la question :
« (…) la politique de stationnement fait l’objet d’un budget annexe, [ce qui] vous donne la possibilité d’avoir une analyse qui montre qu’il y a des dépenses qui sont supérieures aux recettes. Eh oui, mais comme pour toutes les autres politiques publiques ! Et vous savez, l’entretien annuel du jardin de ville, je l’ai déjà dit dans le mandat précédent, ça nous coûte plus cher que le stationnement. Un parc, c’est un équipement public dont la population profite. Jusqu’à preuve du contraire, le stationnement, nos habitants en ont besoin, la ville en a besoin pour fonctionner. »
À ceci près que, si tous les Voironnais et toutes les Voironnaises sont susceptibles de profiter du jardin de ville comme de tous les espaces publics de Voiron, seuls ceux qui possèdent une voiture qu’ils garent dans le centre-ville jouissent réellement des parkings-silos.
Les subventions annuelles exigées par ces derniers ne servent, en définitive, qu’à compenser le tarif demandé à leurs usagers, trop faible pour qu’ils atteignent le seuil de rentabilité. Ce sont donc l’ensemble des contribuables, qu’ils possèdent une voiture ou non (et qu’ils se garent dans le centre-ville ou pas), qui financent en partie l’usage de ces parkings. Le maire de Voiron ne dit pas autre chose quand il affirme à Julien Delas :
« Alors, si d’après vous il n’aurait pas fallu faire des parkings, s’il faut arrêter d’en faire – j’ai entendu dans le passé beaucoup de vos prédécesseurs le dire aussi –, ma foi, c’est une conception de la ville, c’est une conception des réalités qui vous appartient, que vous avez le droit de défendre. Ce n’est pas la nôtre, voilà. On ne gagne pas d’argent avec le stationnement.
Sauf peut-être si on avait la faveur d’être dans le centre-ville de Paris ou de Lyon avec des parkings dont les tarifs seraient à 7,50 euros de l’heure, bah oui, peut-être [qu’ils rapporteraient de l’argent]. Si c’est ce que vous recommandez, dites-le, comme ça au moins les gens y verront clair. »
On passera sur la déformation des propos de l’élu minoritaire, et sur la menace sourde qui l’accompagne et que l’on pourrait traduire ainsi : « On se fera une joie de transmettre aux Voironnais et Voironnaises que vous souhaitez tripler le tarif des parkings, au risque de tuer le commerce en centre-ville. »
Un simple coup d’œil sur les tarifs des parkings lyonnais permet toutefois de constater que ces 7,50 euros de l’heure sont très exagérés. Le parking de la place Bellecour facture ainsi 2,40 euros de l’heure, contre 3,40 euros au parking Hôtel de ville et aux Terreaux, et 3 euros à la Croix-Rousse. Pour une journée récemment passée dans le centre-ville de Lyon, à un jet de pierre de la place des Cordeliers, une dizaine d’heures de stationnement en parking-silo était facturée moins de 35 euros.
À Voiron, une place dans un parking-silo coûte 1 euro de l’heure, avec la première heure gratuite (2 heures gratuites les matins de marché). Ce tarif est même dégressif à partir de la quatrième heure. Autant dire qu’il reste une marge de progression pour se rapprocher d’un tarif de métropole, sans même parler de ces 7,50 euros largement fantasmés.
En outre, une politique sérieuse d’aménagements cyclables est susceptible d’avoir des répercussions positives sur l’économie, si l’on en croit une étude de 2021 de VertigoLab pour le compte du ministère des Transports. Dans la catégorie des EPCI[1] dont la population est inférieure à 100.000 habitants (ce qui est le cas du Pays voironnais), « les dépenses en faveur du vélo sont estimées à 2,08 euros par habitant et par an en investissement et 0,59 euro par habitant et par an en fonctionnement. En 2019, leurs dépenses en faveur du vélo ont représenté 81 millions d’euros. Elles ont contribué à hauteur de 97 millions d’euros au PIB français et elles ont soutenu 1.223 emplois. »
Chaque million d’euros investi par les EPCI de moins de 100.000 habitants en dépenses de fonctionnement engendre un chiffre d’affaires global de 2,54 millions d’euros, contre 2,64 millions d’euros du côté des dépenses d’investissement.
Curieusement, lorsqu’on interroge l’impact local d’une étape de course cycliste, telle que la Vuelta à Voiron en août 2025 et, bientôt, la double étape du Tour de France en juillet prochain, on se voit fréquemment rétorquer que les retombées financières sont assurées. Les aménagements cyclables, en revanche, ne sont envisagés par le maire de Voiron que sous l’angle d’investissements réalisés à perte.
Vincent Degrez
[1] Établissements publics de coopération intercommunale, dont relèvent les communautés de communes et les communautés d’agglomération – la Communauté d’agglomération du Pays voironnais, par exemple.
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