Lors du premier « vrai » conseil municipal suivant les élections de mars dernier, petite nouveauté dans l’organisation de l’espace : outre le cordon bleu qui sépare désormais les élus du public – tout un symbole –, désormais le maire de Voiron fait filtrer par ses subordonnés les journalistes jusqu’au sein du salon d’honneur.
Le maire a-t-il pris la mesure symbolique de ce nouvel « aménagement » ? Depuis le conseil municipal « d’installation » du 20 mars dernier, un ruban synthétique bleu, du genre que l’on retrouve dans les musées pour protéger les œuvres d’art, sépare les élus du public. On ignore ce que craint désormais l’exécutif : que les citoyens en colère envahissent le salon d’honneur ?
Cette séparation est, de mémoire, inédite. Mais ce n’est pas le seul élément nouveau.
Depuis le conseil du 26 mars 2025, en tant que journaliste professionnel, je m’installe en effet à la table réservée à la presse, placée en bout de rangée des élus de la majorité, à droite en entrant. Comme Julien Polat, et sa majorité avec lui (et une partie des services de la Ville), refuse tout contact avec Rue Haute, une seule chaise est prévue à cette table, un seul verre, un seul carton (« Le Dauphiné libéré »). Malgré ma présence assidue aux conseils. J’ai toujours trouvé cette puérilité presque attendrissante.
J’avais donc pris l’habitude de saisir une chaise sur la pile présente à gauche de l’entrée de la salle, et de m’installer à côté de la journaliste du quotidien local. Et ce, sur le conseil et en accord avec mes consœurs, et je leur suis reconnaissant de cette marque de confraternité dans un monde où beaucoup de valeurs essentielles, notamment républicaines, se perdent – la mairie de Voiron, sous les mandatures de Julien Polat, en constitue un exemple à plusieurs titres.
Ce 30 mars, cependant, j’avais à peine posé la chaise (prise dans celles installées pour le public, puisque, étrangement, la pile avait disparu de l’entrée de la salle) qu’Anthony Peres, directeur de cabinet du maire et directeur de la communication de la Ville, se présente et m’indique, le regard passablement fuyant, que « ce n’est pas possible, Monsieur ». Le dialogue étant bref, le voici dans son intégralité :
– Qu’est-ce qui n’est pas possible ?
– Ce n’est pas possible de vous asseoir ici.
– Pourquoi ? C’est bien la table de la presse.
– Non (pointant le carton avec le nom du journal), c’est la table du Dauphiné libéré.
– Relisez le règlement intérieur du conseil municipal. Il y est bien écrit qu’une table est réservée « à la presse », et non « au Dauphiné libéré ».
Et effectivement, dans son article 13 (intitulé « Accès et tenue du public »), le règlement intérieur stipule qu’« un emplacement est réservé aux représentants de la presse » :
Visiblement ennuyé, le dircab’ me répond : « Je vais vérifier. En attendant, je vous demanderai d’attendre avec le public. »
Je m’assieds donc au second rang, bien en face. Je vois le dircab’ s’entretenir avec une représentant des services de la mairie. Le temps passe. Anthony Peres ne reviendra pas. Il ne répondra pas davantage à un texto que je lui ai envoyé à 18 heures, à l’ouverture de la séance.
Faut-il y voir une conséquence de la récente publication du livre Voiron, laboratoire d’autocratie municipale ? Même si, il faut l’avouer, les relations avec la mairie de Voiron n’ont jamais été au beau fixe.
L’ironie de l’histoire étant que la table de la presse, à droite sur la photo) est restée vide durant la totalité du conseil municipal.
Face à cette infraction manifeste au règlement intérieur du conseil municipal, je viens d’envoyer un courrier en recommandé à Julien Polat, afin qu’il précise le fondement juridique de cette restriction d’accès de l’espace réservé à la presse, ainsi que les règles éventuellement applicables à l’utilisation de cet espace par les journalistes, ou qu’en l’absence de tels éléments, il fasse cesser cette discrimination entre journalistes.
Je lui également fait parvenir ce courrier par e-mail, avec en copie des consœurs et confrères des médias locaux, dont le Dauphiné libéré, ainsi que la préfecture, chargée du contrôle de légalité des collectivités, et des personnalités qualifiées.
Vincent Degrez
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