Parmi ses (nombreux) arguments de campagne, Julien Polat mise beaucoup sur la maison de santé pluriprofessionnelle qui a ouvert à l’espace CEVE, face au jardin de ville. Si le maire sortant communique volontiers autour des trois nouveaux médecins accueillis à la MSP, cela s’est fait principalement… sans lui.
Julien Polat, candidat à un 3e mandat de maire de Voiron, ne se lasse pas de parler de la maison de santé pluridisciplinaire. Que ce soit dans son épais programme ou sur ses réseaux sociaux, voire le magazine municipal ÀVoiron de février (car pourquoi se priver), le premier édile fait feu de tout bois.
« En achetant les locaux et en conduisant les travaux, nous avons œuvré pour l’ouverture en 2024 d’une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) en cœur de ville à l’appui d’une équipe de professionnels de santé engagés du territoire », écrit-il ainsi dans son programme. Ce qui, pour être quelque peu ampoulé, est rigoureusement exact.
« Ouverte avec 3 salles de consultation volontairement vides pour permettre l’installation de nouveaux médecins attirés par l’exercice coordonné, tous les espaces seront occupés à compter du mois de mai ! », s’emballe le premier édile, au risque d’une anacoluthe de belle facture. « L’équipe de la MSP s’étoffe donc avec l’arrivée de deux nouvelles pédiatres et d’une médecin généraliste qui y assurait des remplacements et s’installe désormais à temps plein. »
Selon mes informations, c’est à nouveau exact. La MSP a bien accueilli une pédiatre en septembre dernier, ainsi qu’une médecin généraliste en février 2026. Enfin, en mai prochain, une autre pédiatre s’installera bien à la maison de santé.
L’une des deux pédiatres était cheffe de service à l’hôpital de Voiron, où elle a été rapidement remplacée. La seconde pédiatre était elle aussi active en hôpital ; elle sera elle aussi remplacée. Ce qui est heureux – dans le cas contraire, le résultat aurait été nul. On peut donc s’en réjouir pleinement.
Néanmoins, on voit que Julien Polat pèse ses mots au nanogramme près lorsqu’il évoque ces « trois nouveaux médecins libéraux » installés à la maison de santé pluriprofessionnelle. Stricto sensu, il s’agit bien de trois « médecins libéraux », bien qu’il eût pu employer le féminin ici. Mais ce que tout le monde entend par ces mots – et ce que tout le monde attend –, ce sont bien trois médecins généralistes.
Or, si les deux pédiatres sont bien des médecins de premier recours, puisqu’elles prennent en charge les enfants comme le ferait un médecin généraliste (« tout en allégeant la charge des médecins généralistes » de la MSP, précise le magazine municipal), on est loin d’avoir accueilli trois généralistes supplémentaires à Voiron. Pour les enfants (et leurs parents), c’est évidemment une excellente nouvelle, considérant la pénurie de pédiatres en France. Avec 8.500 médecins-pédiatres seulement, la France se situerait en effet au 22e rang sur les 31 pays de l’OCDE…
En revanche, et Julien Polat ne manque pas non plus de le souligner, Voiron est une ville qui vieillit. En un peu plus de 10 ans, la part des 75 ans et plus est passée de 7,3 % à 11,6 % de la population voironnaise (2011-2022), tandis que toutes les autres tranches d’âge reculaient d’environ 1 % (à part les 60-74 ans, qui n’ont perdu « que » 0,4 % sur la période).
Enfin, il ne faudrait pas négliger le fait que, si la Ville a bien « acheté les locaux et conduit les travaux », elle n’a pas fait grand-chose d’autre. La chargée de mission « santé » désignée par la mairie fin 2024 a certes créé une page Facebook en juillet 2025, on ne peut pas dire qu’elle s’y soit montrée particulièrement active : à part une republication de l’URPS Médecins libéraux AuRA en décembre 2025 et un appel général aux médecins à s’installer à Voiron en janvier, rien.
C’est bien le groupe de praticiens de la MSP, à l’origine du projet qu’ils ont piloté de bout en bout, qui « fait le job » en la matière. Et notamment tout le travail de recrutement de confrères et consœurs. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, d’ailleurs, ne serait-ce que pour une question d’indépendance à l’égard de l’exécutif municipal.
Reste que la Ville, si elle assure le côté matériel, se révèle impuissante sur le reste. Prenez les urgences du nouvel hôpital, qui n’ont toujours pas rouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 malgré, là aussi, l’implication sans faille du maire et de son équipe. Et malgré la proximité politique de Julien Polat (ancien LR mais toujours extrêmement proche du parti de l’ex-président Sarkozy, dont il était un grand admirateur) avec Yannick Neuder, député LR de l’Isère, éphémère ministre délégué à la Santé et médecin au CHU Grenoble-Alpes.
La Ville de Voiron a certes déboursé 75.000 euros (la Communauté d’agglomération du Pays voironnais versant un montant équivalent) pour l’ouverture d’un 7e bloc opératoire au Centre hospitalier voironnais, sur un investissement total de 400.000 euros pour ce seul bloc. Mais sur le plan des recrutements – le nerf de la guerre à Voiron –, l’action de Julien Polat, pourtant représentant du Conseil départemental de l’Isère au conseil de surveillance du CHUGA, n’est pas particulièrement remarquable.
Un maire ne peut pas tout, rétorquera-t-il. C’est vrai. Mais il pose des choix. Imaginons ce qu’une Ville aurait pu faire avec les millions d’euros dépensés pour la requalification du Mail sud et la construction du parking-silo du Grand Angle. Construire un centre de santé, comme Julien Polat l’envisage désormais ? Voire salarier des médecins, comme aux Abrets-en-Dauphiné, voire à l’échelle du Département isérois ? Cela aurait permis de couvrir l’ensemble du territoire – car, rappelons-le, la MSP est limitée aux habitants de certains quartiers.
Julien Polat a toujours affirmé son refus d’une solution de salariat direct par la Ville. D’où le projet de centre de santé, qui sera « sous-traité » à une organisation privée. Un « projet qui pourrait se traduire dès 2026 ou 2027 au plus tard, et qui pourrait permettre le recrutement d’un nombre significatif de médecins supplémentaires dont nous avons besoin ! », appuie-t-il dans sa communication électoral. « Pourrait », « permettre », « nombre significatif »… Pour l’engagement chiffré, on repassera.
Vincent Degrez
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