Après une journée de tensions en Isère comme dans toute la France, en raison des manifestations lycéennes et de la réponse policière à celles-ci, plusieurs syndicats isérois de l’éducation ont publié un communiqué commun. Ils se disent notamment « interpellés par les établissements où les mobilisations font l’objet d’une répression totalement inacceptable ». L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à une grande journée de mobilisation et de manifestations le 6 octobre.
À l’heure où des dizaines de lycées isérois ont fermé leurs portes ce vendredi 2 octobre, officiellement pour « garantir la sécurité des élèves et des personnels » (ainsi qu’indiqué par l’un d’eux dans sa communication aux parents), mais plus sûrement encore pour « casser » le mouvement de protestation des lycéens, plusieurs syndicats isérois de l’éducation ont publié un communiqué de presse commun.
Il s’agit de la CGT Éduc’action Isère, de la FNEC FP-FO, de la FSU Isère, de SUD éducation Isère, de la CNT éducation Isère, de la FCPE, de l’Unef Grenoble et de Solidaires étudiant.e.s Grenoble.
Ils commencent par un constat :
« À Grenoble et dans plusieurs établissements de l’Isère, les élèves sont directement confrontés aux difficultés qui traversent aujourd’hui l’Éducation nationale :
- manque de personnels (professeurs, AESH, CPE, infirmière, psychologue, AED…) et de moyens,
- classes surchargées,
- locaux souvent vétustes ou inadaptés au changement climatique, températures insoutenables,
- emplois du temps dégradés, journées trop longues. »
Les syndicats de l’éducation se disent par ailleurs « interpellés par les établissements où les mobilisations font l’objet d’une répression totalement inacceptable » : « La brutalité des forces de l’ordre met en danger la vie des élèves comme des personnels. Nous demandons l’abandon de toutes sanctions et poursuites liées au seul fait de participer aux mobilisations, et que cesse toute violence à l’encontre des lycéen·nes. »
La sécurité des enfants et des personnels est pour eux « primordiale ». « Pas de blessé·e, pas d’éborgné·e, pas de mort·e quand on réclame plus d’éducation ! Nous appelons les collègues à être présent·es pour permettre les conditions de dialogue et de sécurité afin de ne mettre personne en danger. »
Dans un communiqué propre, la Fédération nationale de l’enseignement, de la culture et de la formation professionnelle-FO (FNEC FP-FO) enfonce le clou en évoquant la fermeture décidée de nombreux lycées en France ce vendredi :
« La réponse du gouvernement Macron-Lecornu-Geffray à ces revendications, c’est une répression policière toujours plus violente envers les lycéennes et les lycéens qui manifestent pour faire respecter leur droit à l’éducation : gazages, tabassages, interpellations se multiplient de manière insupportable. La réponse du gouvernement, c’est la fermeture et un pseudo-enseignement en distanciel contraire au statut des personnels. »
« Ils ont subi le Covid, la réforme du choc des savoirs… »
D’autant que les revendications légitimes des lycéens et lycéennes sont le résultat « de choix budgétaires et de politiques éducatives qui, années après années, ont fragilisé le service public d’éducation ». La génération actuellement au lycée « a connu des classes surchargées à 30 depuis la maternelle » et « 35 par classe au lycée ». Ils ont « subi le Covid, la réforme du choc des savoirs, découvrent le bac Blanquer et la réforme du bac professionnel, vont passer à la moulinette discriminatoire et inégalitaire de Parcoursup, et n’auront pas assez de place dans le supérieur ».
« Après un été, commencé en mai, avec des conditions de scolarité et de vie quotidienne insupportables, après la rentrée où il manquait des enseignant·es dans 60% des lycées, comment ne pas se révolter ? », interrogent les syndicats du département. « En Isère comme ailleurs, les écarts entre lycées sont abyssaux : les indices de position sociale passent du simple au double entre les plus défavorisés et les plus aisés. »
Dès lors, « à quelques jours de la présentation du projet de budget 2027 », le gouvernement doit « entendre ce que disent les élèves, leurs familles et les personnels. Nos organisations appellent le gouvernement à prendre la mesure de la crise que traverse l’Éducation nationale et à engager les investissements nécessaires pour garantir une école publique de qualité, accessible à toutes et tous. »
« Pourquoi nous sommes restés aux côtés de nos élèves »
Les enseignants mobilisés du lycée Emmanuel-Mounier, à Grenoble, ont rédigé un appel à destination de leurs collègues, daté du 1er octobre et joint au communiqué de presse des syndicats. Ils y exposent les raisons pour lesquelles ils sont « restés aux côtés de [leurs] élèves » et estiment « qu’il est important de continuer à le faire ».
« Les quatre derniers jours ont été tendus devant le lycée Mounier, particulièrement ce jeudi qui était annoncé comme “point d’orgue” de la mobilisation lycéenne. Depuis lundi, nous considérons qu’il est impossible de continuer à faire cours et d’accueillir les élèves comme si de rien n’était.
Nous avons fait le choix de rester devant le lycée, aux côtés de nos élèves, pour leur montrer notre soutien et pour maintenir un lien avec eux. L’institution a fait le choix inverse, en confinant les personnels adultes à l’intérieur du lycée tout en en refusant l’accès aux élèves, qui restent pour la plupart d’entre eux des mineurs.
L’absence de communication claire et officielle envers les personnels et les familles n’a fait qu’ajouter à la confusion, avec des décisions de fermeture prises à la dernière minute et sans préparation. »
Ces enseignants parviennent à la même conclusion que les syndicats (et d’autres) quant à la réaction opposée à ces manifestations. Ils dénoncent le fait que « la seule réponse que les élèves reçoivent depuis une semaine est une répression policière massive, qui ne fait qu’attiser les tensions et met les lycéens en danger ».
Pourtant, leurs revendications « sont les nôtres ! Nous devons les écouter et les soutenir (…) en rejoignant la grève annoncée pour le 6 octobre. Nos organisations syndicales doivent également lancer un appel clair à cette grève, car c’est en luttant toutes et tous ensemble que nous obtiendrons des moyens pour l’Éducation et nos conditions d’études et de travail. » Et de conclure : « Voilà une classe qui ne se tient plus sage ! »
Vincent Degrez




