Aux municipales, vous ne votez pas uniquement pour votre mairie, mais aussi pour le Sénat et votre communauté d’agglomération. Le Pays voironnais s’apprête donc à renouveler son conseil communautaire, pour ce qui est parfois qualifié de « troisième tour des municipales ». Le maire de Voiron retentera-t-il sa chance en se portant candidat à la présidence, après son échec cuisant de 2020 ?
Lorsque vous glissez votre bulletin de vote dans l’urne – qu’elle soit physique ou digitale – durant les élections municipales, vous élisez certes votre conseil municipal, qui choisit ensuite, en son sein, le ou la maire qui en prendra la tête. Mais vous contribuez aussi à déterminer la composition de deux instances tout aussi cruciales : les conseils des communautés de communes ou d’agglomération, et le Sénat.
Dans le second cas, il faut rappeler que les sénateurs sont élus par un « collège de grands électeurs » composé à 95% de conseillers municipaux. Le reste comprend des députés, sénateurs, conseillers régionaux et conseillers départementaux. Lorsque les « grands électeurs » disposent de deux mandats garantissant chacun une voix, par exemple, ils doivent accorder l’une de ces voix à une personne de leur choix. Par exemple, lors des sénatoriales de 2023, Julien Polat, qui cumulait les voix en tant que maire de Voiron et vice-président du Conseil départemental de l’Isère, avait accordé sa voix surnuméraire à Anthony Peres, son directeur de cabinet.
Le résultat des municipales détermine donc directement la « couleur » politique du Sénat. Celui-ci est renouvelé par moitié tous les trois ans, selon deux « séries », la série 1 et la série 2. La série 2 sera renouvelée en septembre prochain, tandis que la série 1, qui couvre notamment l’Isère, devra attendre septembre 2029.
Du changement en vue au conseil communautaire du Pays voironnais
Plus près de nous, la Communauté d’agglomération du Pays voironnais (CAPV) doit, à la suite des municipales, renouveler totalement son conseil communautaire et, partant, son exécutif (le/la président·e et les vice-président·es). En 2020, ce conseil communautaire comprenait 62 conseillers, qui avaient eux-mêmes élu Bruno Cattin (maire de Voissant) au poste de président.
En 2026, si l’on en croit les résultats des municipales fournis par le ministère de l’Intérieur, ce sont 63 conseillers qui devraient se partager les fauteuils au dernier étage de l’immeuble Le Quartz, à Voiron, siège de la CAPV. Il semble en effet que Moirans ait perdu un siège (quatre en 2026 au lieu de cinq en 2020), alors que Tullins en gagné un et Voiron deux, avec respectivement cinq et quatorze conseillers communautaires.
Julien Polat, réélu dès le premier tour maire de Voiron cette année, briguera-t-il à nouveau la présidence, après son échec de 2020 ? Au site internet grenoblois Le Fil, il confiait, en octobre 2025 : « Non. J’ai tiré les leçons de [l’élection] de 2020. Je ne me relancerai pas dans ce combat. Cette élection pour le Pays voironnais se fera sur la base du corps électoral qui sera issu des élections municipales de 2026. Un corps électoral qui va certainement connaître des mouvements, et je serai confronté au même phénomène [de rejet supposé de la ville-centre] que lors de l’élection communautaire de 2020. »
Mi-décembre, au Dauphiné libéré cette fois, le ton était moins catégorique : « Je ne pense pas être candidat. » Interrogé par le DL sur l’utilisation du verbe « penser », il précisait : « Je ne fais pas de la fiction, nous verrons, mais il faut déjà franchir les haies pour arriver à ce troisième tour. »
Les haies à présent franchies, de quel côté penchera le premier édile voironnais ? D’évidence, cela dépend des nouveaux équilibres politiques à l’œuvre au sein du conseil communautaire. Pas facile de les dessiner à la lumière des résultats des municipales, si l’on s’appuie sur les seules données du ministère. Car la « nuance politique » attribuée par les préfectures ne concerne que les communes de plus de 3.500 habitants. Soit huit communes sur les 31 que compte le Pays voironnais.
Et même là, les listes « divers » (LDIV) se taillent la part du lion, avec la moitié des nuances attribuées aux exécutifs victorieux, contre trois « divers droite » (LDVD) et une « divers centre » (LDVC, à Tullins). Même si, à Moirans, on pourrait classer la liste de Gilles Julien (LDIV) à droite sans avoir peur de trop se tromper, alors que l’exécutif (LDIV lui aussi) de Coublevie ne fait guère mystère de son orientation à gauche.
Autrement dit, sur les huit principales communes du Pays voironnais, quatre sont franchement orientées à droite, deux à gauche, une au centre et une dernière sans étiquette claire. Or, ces huit communes « trustent » cette année 40 sièges sur 63 au conseil communautaire.
Il faut néanmoins préciser que certaines communes envoient aussi des élu·es minoritaires au conseil communautaire : c’est le cas de Voiron (2), Coublevie (1), Moirans (1), Rives (1) et Voreppe (1). Si l’on admet que les élus municipaux « de droite » soutiendraient naturellement une candidature de Julien Polat, et que les autres voteraient pour un·e autre candidat·e (de gauche, par exemple), cela donnerait un total de 21 voix « de droite » sur 63 assurées au maire de Voiron s’il se déclare candidat à la présidence de l’exécutif communautaire.
Il ne lui manquerait dès lors plus que 10 suffrages pour obtenir la majorité des voix, à aller chercher du côté des 23 communes restantes, qui disposent d’un siège chacune. De quoi l’inciter à retenter sa chance ?
On le saura bientôt. Selon l’article L.5211-6 du Code général des collectivités territoriales, « après le renouvellement général des conseils municipaux, l’organe délibérant se réunit au plus tard le vendredi de la quatrième semaine qui suit l’élection des maires ». Cela nous amène au vendredi 17 avril au plus tard.
Vincent Degrez
Correction : l’intro et l’article ont été modifiés, car Julien Polat n’était pas candidat à la présidence du Pays voironnais en 2014 : les conseillers communautaires ont eu le choix entre le président sortant, Jean-Paul Bret (maire du Pin), et Luc Rémond, alors maire de Voreppe. Par ailleurs, la coquille sur le nombre de sièges gagnés par Voiron a été corrigée.
L’article Municipales 2026 : à quoi ressemblera le « nouveau » Pays voironnais ? est apparu en premier sur .



