SUR LE VIF | C’était le thème de la Journée mondiale de la santé, ce 7 avril : « Une bonne santé à la naissance pour un avenir plein d’espoir ». Un objectif loin d’être acquis en France, où un enfant sur 250 meurt avant son premier anniversaire – et la situation est deux fois pire en Outre-Mer. Le Collectif santé voironnais alertait déjà sur cette tendance lors de la manifestation devant l’hôpital de Voiron. Une tendance confirmée par les chiffres de l’Insee parus ce jeudi.
Lors de son introduction aux prises de parole, sur fond de manifestation pour l’hôpital de Voiron ce lundi 7 avril, Pascal Royer, l’un des représentants du Collectif santé voironnais, est revenu sur le thème de la Journée mondiale de la santé de l’OMS :
« Cette Journée de la santé existe depuis 1950. Avec un thème différent tous les 7 avril. Cette année, l’OMS a opté pour “Une bonne santé à la naissance pour un avenir plein d’espoir”. C’est plutôt bien choisi. L’OMS souhaite ainsi inviter les gouvernements et le monde de la santé à redoubler d’efforts pour mettre fin aux décès maternels et néonataux évitables, et à privilégier la santé et le bien-être des femmes à plus long terme. »
Et de citer les chiffres de l’Insee, l’Institut national de la statistique et des études économiques, alors disponibles :
« Depuis 2015, la mortalité infantile en France est supérieure à la moyenne européenne. Par exemple, en 2021 – c’est le dernier chiffre qu’ils donnent –, 2.700 enfants de moins d’un an sont décédés, soit 3,7 pour 1.000 naissances vivantes. Ce taux est certes historiquement bas, mais il ne baisse plus depuis 2015. Il a subi un pic entre 2014 et 2017, notamment concernant les premiers jours de la vie. Par exemple, en 2021, la moitié des enfants décédés avant leur premier anniversaire ont vécu moins d’une semaine. »
Trois jours plus tard, le jeudi 10 avril, l’Insee publiait justement des chiffres réactualisés pour la mortalité infantile. Et confirmait les tendances identifiées par le porte-parole du collectif. En 2024, pointe l’Insee, « 2.700 enfants de moins d’un an sont décédés en France, soit 4,1 décès pour 1.000 enfants nés vivants. Depuis 2011, le taux de mortalité infantile a légèrement augmenté, passant de 3,5 ‰ à 4,1 ‰ en 2024. Depuis 2015, le taux de mortalité infantile en France est supérieur à la moyenne de l’Union européenne. »
« Cela signifie qu’un enfant sur 250 meurt avant son premier anniversaire », indique l’Insee. « Un quart de ces décès ont lieu le jour de la naissance, la moitié entre 1 et 27 jours de vie, un quart dans la période post-néonatale, qui survient de 28 jours à moins d’un an. »
La chute drastique de la mortalité infantile entre 1993 et 1995, visible dans le graphique ci-dessus, fait suite selon l’Insee à des campagnes de prévention visant à diminuer la mort subite du nourrisson (couchage sur le dos, sans objet mou dans le lit, etc.).
À l’inverse, le taux de mortalité infantile a augmenté depuis 2011, passant de 3,5 ‰ à 4,1 ‰ en 2024. Sur cette période, la mortalité le jour de la naissance ainsi que la mortalité post-néonatale sont restées quasi stables, seule la mortalité de 1 à 27 jours augmentant (passant de 1,5 ‰ à 2 ‰), précise encore l’institut de statistique.
Et comme le signalait Pascal Royer, « le taux de mortalité infantile en France est supérieur à la moyenne de l’Union européenne depuis 2015 », reprend l’Insee. « En effet, contrairement à la France, le taux de mortalité infantile continue de diminuer en Europe, bien qu’à un rythme faible. En 2023, il atteint 3,3 ‰ en moyenne dans l’Union européenne, contre 4 ‰ en France. » Les comparaisons entre pays sont toutefois à examiner avec précaution, prévient l’Insee, car « les pratiques de déclaration (enfants mort-nés, ou bien enfants nés vivants et décédés peu après leur naissance) peuvent varier selon les contextes ou les réglementations. »
Garçons, mères très jeunes, pauvreté, continent d’origine… ces dimensions qui changent tout
Tous les bébés ne sont pas égaux devant la mortalité infantile en France.
Par exemple, les garçons risquent davantage de mourir avant l’âge d’un an que les filles : Si l’on en croit l’Insee, « en moyenne sur la période 2004-2022, 4,1 ‰ [des garçons] sont décédés avant cet âge, contre 3,4 ‰ des filles, soit une surmortalité de 21 % ».
Si la surmortalité masculine est plus faible le jour de la naissance (+ 12 % par rapport aux filles), elle est plus élevée de 1 à 27 jours (+ 31 %). « Les garçons présentent un risque plus élevé de complications à la naissance », explique l’Insee. « Leur système immunitaire est moins robuste, ce qui les rend plus vulnérables aux infections. Enfin, ils sont davantage touchés par les maladies génétiques. »
Autre point de différence relevé par l’institut : les mères très jeunes ou très âgées courent davantage de risques de perdre leur enfant avant son premier anniversaire. « Sur la période 2004-2022, en moyenne, le taux de mortalité infantile est inférieur à 4 ‰ pour les mères âgées de 26 à 37 ans, et inférieur à 5 ‰ pour celles âgées de 22 à 43 ans. Il est supérieur à 5 ‰ pour les mères très jeunes (21 ans ou moins) ou très âgées (44 ans ou plus). » Le maximum est atteint à 16 ans, avec un taux de 11,7 ‰, puis à 47 ans, avec un taux de 11,3 ‰, « soit trois fois plus que la moyenne ».
Chez les mères les plus jeunes, un moins bon suivi des grossesses peut contribuer à augmenter ce risque, estime l’Insee. « Quant aux mères plus âgées, elles sont plus souvent confrontées à des pathologies préexistantes ou des complications au cours de la grossesse, ainsi qu’à des grossesses multiples ou des anomalies congénitales. »
La dimension sociale n’est pas non plus à négliger. Le taux de mortalité infantile est supérieur pour les enfants d’employées (3,6 ‰), d’ouvrières (3,5 ‰) et de femmes inactives (5,1 ‰) que pour les enfants de mères cadres (2,2 ‰). L’explication ? « Tout d’abord, les mères inactives, employées ou ouvrières sont en moyenne en moins bonne santé que les cadres, ce qui peut jouer sur la santé de leur enfant », répond l’Insee. Sur la période 2020-2022, à 35 ans, les femmes cadres ont une espérance de vie supérieure de 2 ans à celle des employées, de 3 ans à celle des ouvrières et de 7 ans à celle des inactives.
D’autres facteurs de risque pour la santé de l’enfant à la naissance sont plus fréquents dans les milieux les plus modestes. « Par exemple, certaines conditions de travail sont plus défavorables et la consommation de tabac est plus élevée : en 2016, 10 % des ouvrières et 7 % des inactives déclarent avoir fumé 10 cigarettes par jour ou plus au troisième trimestre de grossesse, contre 0,5 % des cadres. De plus, les recours aux soins, notamment préventifs, sont moins fréquents et conduisent à un taux d’hospitalisation prénatale plus élevé pour les mères de milieu modeste. »
La zone géographique a aussi son importance, car la mortalité infantile est deux fois plus élevée en Outre-Mer (8 ‰) qu’en France métropolitaine (3,5 ‰). La Guyane est le département avec le plus fort taux (9,7 ‰), suivi par Mayotte (9,2 ‰), la Martinique (8 ‰), la Guadeloupe (7,8 ‰) et La Réunion (6,9 ‰). Alors qu’en France métropolitaine, tous les départements ont un taux de mortalité infantile inférieur ou égal à 5 ‰, et toutes les régions un taux inférieur à 4 ‰.
« La pauvreté y est plus répandue, ce qui peut influencer la santé de l’enfant », écrit encore l’Insee. « Par ailleurs, les femmes y connaissent davantage de problèmes de santé : par exemple, en 2021, entre 22 % et 25 % des femmes étaient confrontées à l’obésité avant leur grossesse, contre 14 % en France métropolitaine. De plus, la part des enfants avec un poids à la naissance inférieur à 2,5 kg était globalement plus élevée (entre 10,5 % et 12,4 %, contre 7,1 % en France métropolitaine). Enfin, un enfant sur trois dormait dans le lit de ses parents à l’âge de deux mois, contre un enfant sur dix en France métropolitaine, ce qui n’est pas recommandé par la Haute Autorité de santé. »
Cette dimension de précarité s’exprime également dans le continent de naissance de la mère. De 2004 à 2022, en effet, le taux de mortalité infantile est proche de 3,4 ‰ pour les mères nées en France, dans un autre pays d’Europe ou en Asie. « En revanche, il est plus élevé pour les mères nées au Maghreb (4,6 ‰) ou dans un autre pays d’Afrique (7,5 ‰, soit deux fois plus que la moyenne) », chiffre l’Insee. « À caractéristiques égales, la mortalité infantile reste plus forte pour les mères nées au Maghreb ou dans un autre pays d’Afrique. Ces mères sont davantage touchées par la précarité et connaissent plus souvent des problèmes de santé. Le suivi médical pendant la grossesse est moins régulier : les femmes nées dans un pays d’Afrique subsaharienne ont un taux de “suivi inadéquat” (par exemple un suivi initié au-delà de 14 semaines d’aménorrhée) élevé, atteignant 35 % contre 17 % pour celles nées en France. »
Quelle est la situation en Auvergne-Rhône-Alpes ?
En moyenne de 2004 à 2022, un seul département d’Auvergne-Rhône-Alpes dépasse la moyenne nationale : l’Allier, avec 3,9 ‰ (contre 3,7 ‰ pour la France et 3,5 ‰ pour la France métropolitaine). Le Rhône se situe au même niveau que la France métropolitaine, avec un taux un peu plus élevé que celui de la région dans son ensemble (3,2 ‰). Et avec 3,1 ‰, le département de l’Isère se situe au milieu du tableau, quand la situation est la plus enviable en Ardèche (2,5 ‰).
À l’échelle des régions françaises, Auvergne-Rhône-Alpes affiche l’une des mortalités infantiles les plus faibles du pays, soit 3,2 ‰. Seule la région des Pays de la Loire fait mieux (3 ‰), tandis que le Grand Est et l’Île-de-France présentent la pire situation en matière de mortalité infantile à l’échelle de la France métropolitaine (3,9 ‰ tous deux). Uniquement dépassées par les DOM (8 ‰).
Vincent Degrez
(Photo de tête © Pexels)
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