« Je suis obligé de fermer trois jours à cause du Tour de France »
À DOUBLE TOUR | Derrière la façade brillante du Tour de France et de ses deux étapes à Voiron, certains commerçants et artisans tirent la langue. Selon la localisation de leur activité, ils ont été contraints de fermer boutique de mardi à jeudi. « Tout cela a dû coûter beaucoup d’argent à la Ville, mais combien ? », s’interroge l’un d’eux.
« On a reçu un e-mail et un courrier de la mairie, avec un plan de tous les problèmes qu’allaient causer les étapes du Tour de France à Voiron », confie un artisan actif aux abords du Super U. « Même avec le passage ménagé vers le supermarché, c’est trop galère pour mes clients. »
Problème : pour lui, « c’est la haute saison. On bosse énormément pendant le mois de juillet. Un de mes clients, qui travaille sur le marché de Voiron, m’a dit qu’il allait devoir partir : trop difficile de circuler. Et puis, le marché de mercredi est annulé, alors... »
Même dans la restauration, les gains d’une double étape du Tour de France ne sont pas évidents : « C’est aussi très compliqué pour un de mes collègues, qui tient un snack du côté de Sermorens. D’abord pour se déplacer lui-même, avec toutes les rues fermées. De plus, son snack n’est pas situé dans une des rues principales de la ville : comme il est à l’écart, il n’est pas certain de faire particulièrement de bonnes affaires durant les étapes du Tour. »
La question du coût réel de cet événement pour la Ville ne lui échappe pas non plus : « On voudrait savoir tout ce que cela a coûté. Car on a vu que la mairie avait réalisé beaucoup de travaux pour accueillir le Tour, et qu’ils ont même accéléré la cadence, allant jusqu’à travailler la nuit. Ils ont repeint un abribus, multiplié les vélos colorés, refait des routes, des lignes blanches… Tout cela a dû coûter beaucoup d’argent. Mais combien ? »
Ce courrier de la mairie qui arrive le même jour que l’avis de taxe de voirie
Pour une commerçante de l’hypercentre qui préfère elle aussi conserver l’anonymat, l’heure n’est pas plus au sourire. « Beaucoup de mes clientes ont annulé ou décalé des rendez-vous dès samedi soir », regrette-t-elle. « Elles avaient bien vu que ce serait difficile de venir dans le centre de Voiron. J’ai donc décidé de fermer mes portes durant trois jours. Pour mes clientes qui habitent dans le centre, c’est évidemment facile. Et je peux venir de chez moi à pied. Mais il y a trop d’incertitude quant à l’activité que nous pourrons réellement réaliser pendant le passage du Tour. J’ai discuté avec la patronne d’une boutique de vêtements du centre-ville : elle va ouvrir, elle est plutôt confiante. Mais sa vendeuse ne pensait pas qu’elles feraient vraiment du chiffre durant ces trois jours... »
Les parkings provisoires prévus par la mairie (les quatre “P” en blanc sur fond bleu sur le plan ci-dessous) ne la convainquent pas plus. « J’ai compté un peu moins de 1.300 places provisoires dans ces espaces très excentrés. Or, il me semble avoir vu passer le chiffre de 13.000 ou 15.000 personnes attendues. Où vont-elles se garer ? »

Ironie du calendrier, elle a reçu le courrier de la mairie le même jour que son avis de taxe de voirie. « On s’attend déjà à une augmentation de cette taxe l’année prochaine, pour rembourser tout ça ! » En revanche, contrairement aux travaux de rebétonisation du Mail sud, aucune indemnisation n’est prévue pour les commerçants et artisans contraints de fermer boutique durant le passage du Tour.
Petite pensée pour cette buraliste qui, pour la seule étape d’arrivée de la Vuelta, le Tour d’Espagne, en août dernier, a vu son chiffre d’affaires divisé par quatre, selon Ici Isère, et qui dit regretter un manque de communication sur l’organisation des étapes de la Grande Boucle cet été. On imagine ce que pourront donner, pour son activité, trois jours de paralysie commerciale.
Vincent Degrez




