Les discussions autour du budget de la Ville de Voiron, lors du conseil municipal du 22 avril dernier, se sont cristallisées autour de trois thèmes : la dette, le stationnement et l’opacité – une trilogie assez classique à Voiron. Dans ce premier article, revenons sur la capacité de désendettement de la commune. Est-elle vraiment si confortable que le prétend le maire ? Et s’inscrit-elle effectivement dans la moyenne des villes de sa catégorie ?
Le budget primitif a naturellement occupé une bonne part des débats lors du dernier conseil municipal, le 22 avril dernier. Vous pouvez les réécouter sur le site internet de la Ville… du moins vous le pourriez, si le fichier n’était pas défectueux. Il serait bon de revenir à une captation vidéo du conseil municipal, comme ce qui se pratique couramment à Voreppe et Moirans – et, jusqu’en mars 2022, à Voiron. Mais cela ne semble pas être dans les plans de l’exécutif actuel.
Trois points, dans la (longue) présentation réalisée par l’adjoint aux finances, Yves Allardin, et (tout aussi longuement) commentée par le maire, Julien Polat, ont fait tiquer les élus d’opposition de Voiron en Commun : la dette, le coût du poste budgétaire « parcs de stationnement » et, plus largement, le refus de travailler avec les élus minoritaires, avec rétention d’informations à la clé.
Commençons par la dette. Un point d’autant plus intéressant que le dernier magazine municipal AVoiron, qui fait pourtant sa une sur le budget, promettant à la lectrice ou au lecteur de « tout savoir » sur ce thème, n’utilise le mot « dette » qu’à une seule reprise, en parlant de l’épargne de la commune. Par pudeur, ou parce que les montants en jeu risqueraient d’inutilement choquer le ou la citoyen·ne impressionnable ?
Voiron : une dette qui flambe de 41,2 % en 3 ans
Au 1er janvier 2026, l’encours de dette total – obtenu par addition des budgets principal, réseau de chaleur et stationnement – de la Ville de Voiron atteignait 27,3 millions d’euros. Soit une hausse de 41,2 % par rapport à 2023. Et si l’on examine séparément les trois postes principaux d’endettement, on voit que, depuis l’exercice 2023, les évolutions, toutes très importantes, sont plutôt contrastées :
Dette liée au budget principal : + 32,2 %
Dette liée au budget réseau de chaleur : + 48,1 %
Dette liée au budget stationnement : + 120 %
Dette totale : + 41,2 %
Bien que le maire de Voiron ait annoncé, dans son discours liminaire au débat, que les temps s’annonçaient difficiles sur le plan des finances communales, de lourds projets se profilent malgré tout, au premier rang desquels la transformation des terrains de sport en terrains synthétiques, un projet à 2,2 millions d’euros. Sans négliger les travaux d’aménagement du site de l’ancien hôpital (283.365 euros), la « smart city » (149.826 euros) – sans qu’on ne sache jamais exactement ce que cette expression recouvre à Voiron – ni, encore, les travaux du Mail sud (1,37 million d’euros).
Sans parler de la salle de type « arena » évoquée par Freddy Rey, nouveau président de la Communauté d’agglomération du Pays voironnais, dans son discours de candidature[1]. Julien Polat lui-même avait ressorti cette promesse de campagne de 2020 dans un encadré du Dauphiné libéré, en novembre 2024. Un premier projet de « plateforme événementielle » avait capoté en 2019 à la suite de la mobilisation des riverains aux Blanchisseries. Le site était différent : derrière le Carré des Blanchisseries pour la plateforme, entre Satoriz et la caserne des pompiers pour l’« aréna sportive ».
Cette fois, le premier édile penche pour une salle « hybride » pouvant accueillir le club de basket local, le PVBC, mais aussi des événements : « Nous avons identifié le terrain dit “Pré aux arbres” situé entre la caserne des pompiers et les Blanchisseries (derrière la Foir’Fouille, NDLR) », confiait-il alors au Dauphiné libéré. « Nous avons d’ailleurs changé la destination de ce terrain dans la révision récente du PLU, pour le rendre compatible avec des activités de loisir et un équipement public. »
En 2018, un projet d’extension commerciale mené par Floriot Immobilier avait été développé sur ce site, avant d’être visiblement abandonné :
Le retour du « point Mélenchon » en conseil municipal
Après avoir pointé que l’exécutif municipal mise sur une inflation à 0,8 % en 2026, alors que l’État lui-même l’évalue (pour le moment) à plus du double (1,9 %), Stéphane Rey (élu Voiron en Commun) a insisté sur l’encours de la dette, « passé de moins de 10 millions en 2015 à plus de 21 millions en 2026 au budget principal, constituant un handicap durable pour les exercices à venir ». Quant au remboursement des intérêts de la dette, il « ne cesse de monter. Il a même plus que doublé en six ans, passant de 171.000 euros en 2020 à 439.000 euros pour 2026. »
« Nous nous interrogeons non seulement sur la capacité de désendettement de la commune, mais aussi sur les possibilités d’investissement dans de nouveaux projets, au vu notamment de ceux nombreux déjà engagés lors du précédent mandat. (…) Au regard de la dégradation de la situation financière de la commune et des choix d’investissement, dans un contexte structurel particulièrement contraignant, notre groupe votera contre cette délibération. »
Comme un écho de la campagne des municipales, Julien Polat a rétorqué par la politique :
« Bon, alors, je suis agréablement surpris de vous voir extrêmement soucieux de la bonne santé budgétaire de la Ville, de l’état de la dette. Pour un militant de La France insoumise, c’est la première fois que j’entends des préoccupations fortes sur l’état de la dette, hein. J’entends M. Mélenchon dire que la dette n’existe pas, (…) qu’il suffit de taxer les riches.
Bon, manque de pot, taxer les riches, nous on n’en a pas des milliers, dont je ne sais pas ce qu’il faut faire. Peut-être réduire le périmètre des services publics. Pourquoi pas ? Enfin, c’est un peu surprenant. »
La ficelle, usée jusqu’aux dernières fibres, rappelle, en novembre 2024, la réponse du même Julien Polat à une remarque du groupe d’opposition Voiron Citoyenne sur l’absence de transparence dans le dossier King Jouet – cela tombe bien, l’opacité était justement un argument développé à nouveau par l’opposition de gauche au conseil d’avril 2026. La carte « France insoumise » – ce que j’ai pu appeler ailleurs le « point Mélenchon », comme il existe un « point Godwin » – revient régulièrement dans la bouche des élus de la majorité, que ce soit celle du maire lui-même (à nouveau en février 2025, toujours en défense de King Jouet), du conseiller municipal Chokri Badreddine ou de l’ex-conseiller André Gal qui, durant la campagne des municipales 2026, s’est laissé aller à insulter des militants d’une liste concurrente – une plainte a d’ailleurs été déposée, classée sans suite.
Voiron au bord de la « cote d’alerte » de l’endettement ?
Julien Polat revient ensuite sur des éléments plus chiffrés :
« Je redis que le compte financier unique qui sera produit au mois de juin prochain redémontrera que la capacité de désendettement de la Ville de Voiron est inférieure à 7 ans et que la cote d’alerte pour des villes de notre catégorie est à 12 ans. Donc à un moment donné, c’est juste un élément factuel. Dire qu’il y a un danger de la dette, à la lumière de ça, c’est faux. »
Factuel, vraiment ?
Reprenons les éléments livrés dans les documents annexes au conseil municipal. La capacité de désendettement d’une commune se calcule en divisant l’encours de dette par l’épargne brute. Soit, si l’on prend uniquement la dette liée au budget principal : 21.735.370 / 2.460.000 = 8,8 ans. Autrement dit, il faudrait près de neuf ans à la Ville de Voiron pour rembourser la totalité de cette dette. Quasiment un mandat et demi.
On est loin des « moins de sept ans » assénés par le premier édile.
Par ailleurs, on peut raisonnablement intégrer les dettes des budgets annexes dans le calcul. Certainement celle du budget « parcs de stationnement », qui fait l’objet d’une importante subvention de la commune, chaque année, afin d’équilibrer les comptes : 290.479 euros en 2023 (qui incluait la subvention 2022), 217.326 euros en 2024, 204.000 euros en 2025, 182.000 en 2026. Un élément essentiellement lié au parking des Tisserands, structurellement déficitaire, selon les termes du commissaire-enquêteur intervenu pour la révision du PLU.
Or, si l’on intègre la dette du budget stationnement au calcul, la capacité de désendettement de la Ville de Voiron grimpe à 10,44 ans. Et si l’on envisage la dette des trois budgets, cette capacité flambe à 11,1 années. On frôle, dans ce cas, la « cote d’alerte » brandie par le maire de Voiron.
Quant aux « autres villes de notre catégorie », on voit rapidement que, pour les communes de 20.000 à 50.000 habitants, la médiane pour le délai de désendettement est de 4,8 ans – encore peut-on considérer que, Voiron se situant en bas de la fourchette de cette catégorie, le délai qui lui correspond doit être plus faible encore –, avec 75 % des communes de cette taille ne dépassant pas les 7 ans. Même avec une capacité « plancher » de 8,8 ans, Voiron explose ce qui se pratique dans les communes de sa taille.
De quoi, aussi, remettre en perspective les affirmations du candidat Polat durant les élections municipales de mars dernier, selon qui « les finances de la commune sont saines et notre dette est maîtrisée ».
Vincent Degrez
[1] Extrait du procès-verbal du conseil communautaire du 16 avril 2026 : « Mais peut-être qu’il faut aussi se réinterroger sur des équipements intercommunaux. Pour cela, il faut savoir quelles sont les attentes de nos habitants ? Quels sont les sujets prioritaires ? Quels sont les équipements manquants ? Il faut que l’on puisse se poser cette question. Et après, choisir, concevoir, réaliser des projets vraiment intercommunaux : est-ce que vous aimeriez avoir une arena sportive, événementielle pour regrouper des gens sur des événements majeurs ? Faudrait-il un centre nautique ? »
L’article Dette : Voiron est-elle vraiment loin de la « cote d’alerte » ? est apparu en premier sur .






